Panneau d'information trilingue au Palais El Badi décrivant son histoire en français, anglais et arabe

Juste à l’entrée, fixé sur le mur en pisé, se trouve un panneau d’information trilingue — français, anglais, arabe — rédigé à la première personne, dans la voix du palais lui-même : « Je suis le Badiâ incomparable, bâti par le sultan saadien Ahmed El Mansour tout au long de son règne (1578–1603). » Je me suis arrêté pour lire l’ensemble avant d’aller plus loin, car ce texte résume l’histoire plus clairement que la plupart des guides, et il mérite d’être compris avant de parcourir le reste du site.

Bâti sur les gains d’une bataille

En 1578, Ahmad al-Mansour sort de la bataille des Trois Rois — une bataille où trois monarques trouvèrent la mort et où le Maroc s’imposa soudainement comme une puissance régionale majeure — avec de l’argent de rançon, des armes capturées, et un prestige immense. Il utilise cette richesse pour bâtir un palais destiné à annoncer au monde la nouvelle stature du Maroc, et le nomme El Badi, « l’Incomparable ».

La construction dure environ 25 ans. Les matériaux viennent de bien au-delà des frontières marocaines : marbre de Carrare importé d’Italie, échangé dit-on contre son poids en sucre marocain, et or acheminé par caravane depuis Tombouctou. Une fois achevé, le palais compte environ 360 pièces autour d’une cour de 135 sur 110 mètres, avec un bassin réfléchissant de près de 90 mètres et des jardins en contrebas plantés d’orangers. Quatre grands pavillons, soutenus par des colonnes de marbre et ornés de zelliges, de plâtres sculptés et de bois peint, encadrent la cour — le Pavillon de Cristal et le Pavillon des Audiences figurant parmi les plus célébrés, selon le récit du palais lui-même.

Une splendeur de courte durée

Le règne d’al-Mansour, et la domination saadienne plus largement, ne survivent guère à sa mort en 1603. Des querelles de succession affaiblissent le contrôle saadien, et dès la fin du XVIIe siècle, le pouvoir au Maroc bascule vers la dynastie alaouite. Cette transition prépare l’événement qui définit l’apparence actuelle d’El Badi.

Dépouillé pour une nouvelle capitale

Le sultan Moulay Ismaïl, qui règne de 1672 à 1727, choisit de déplacer la capitale du Maroc loin de Marrakech vers Meknès, et veut que sa nouvelle ville surpasse tout ce que les Saadiens avaient construit, El Badi compris. Plutôt que de commander de nouveaux matériaux, il ordonne le démantèlement d’El Badi. Sur environ une décennie, colonnes de marbre, poutres de plafond en cèdre, stucs dorés et zelliges peints sont retirés et transportés vers le nord, où ils sont réassemblés dans les propres palais et portes monumentales de Moulay Ismaïl à Meknès.

Ce qui subsiste est essentiellement ce qui ne pouvait pas être déplacé facilement : les immenses remparts en pisé, structurels plutôt que décoratifs, trop lourds et trop intégrés pour valoir la peine d’être transportés. Ils restent debout aujourd’hui, érodés par plus de trois siècles de soleil marrakchi. Je détaille cet épisode précis — pourquoi Moulay Ismaïl a ciblé El Badi si méthodiquement, et ce que cela révèle sur la manière dont les souverains traitaient les monuments de leurs prédécesseurs — dans un article dédié : pourquoi El Badi a été dépouillé.

Ce qui a survécu malgré tout

Fait remarquable, un objet a échappé entièrement à la démolition : le minbar de la Koutoubia, une chaire en bois sculptée à Cordoue vers 1137 pour la mosquée de la Koutoubia à Marrakech — bien plus ancienne qu’El Badi lui-même. Il fut déplacé vers un pavillon dédié au sein du palais à un moment où le minbar et la mosquée qu’il servait étaient déjà anciens, et il y demeure exposé aujourd’hui, sans doute l’objet historiquement le plus significatif de tout le site. Des cigognes blanches, elles aussi, nichent sur les remparts depuis des générations, apportant une étrange continuité vivante à un bâtiment par ailleurs vidé de sa substance.

Le Palais El Badi aujourd’hui

Aujourd’hui, le Palais El Badi fonctionne comme un site historique géré par le Ministère de la Culture marocain, ouvert quotidiennement aux visiteurs. Au-delà de la cour nue et des remparts, il accueille aussi une exposition photographique tournante dans une galerie souterraine voûtée, et la terrasse sur le toit — un ajout plus tardif pour les visiteurs — offre une vue sur l’ensemble du complexe. Pour les détails de construction, les dimensions et d’autres repères, consultez notre page faits sur le Palais El Badi, et pour les spécificités architecturales de ce qui subsiste, notre guide d’architecture.

Questions Fréquentes

Qui a construit le Palais El Badi et quand ? Le sultan saadien Ahmad al-Mansour en commença la construction en 1578, financée en grande partie par la rançon et le prestige obtenus après la bataille des Trois Rois, et il fallut environ 25 ans pour l’achever.

Pourquoi le Palais El Badi est-il en ruines aujourd’hui ? À la fin du XVIIe siècle, le sultan Moulay Ismaïl fit dépouiller le palais de son marbre, de son cèdre, de sa feuille d’or et de ses zelliges pour bâtir sa nouvelle capitale à Meknès, ne laissant debout que les murs en pisé.

Que signifie El Badi ? El Badi se traduit par « l’Incomparable », un nom qui reflète l’ampleur et l’ambition du palais d’origine lorsqu’il fut achevé au début du XVIIe siècle. Vous pouvez découvrir le site par vous-même avec des billets pour le Palais El Badi disponibles tous les jours au guichet.